Vu des airs #3
Posté le 4 juillet 2008 par LoLa chanson d’aujourd’hui ouvre le deuxième épisode de la deuxième saison de Medium, série hautement recommandable emportée par Patricia Arquette dans le rôle d’une… médium, bah oui.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, regardez donc ce pré-générique d’anthologie :
The song remains the same (le titre de l’épisode donc, qui soit dit en passant est le titre d’une chanson de Led Zeppelin, d’un film live de
Led Zeppelin, et de l’album live de Led Zeppelin, voilà messieurs dames) s’ouvre ainsi sur les échos lointains d’une chanson d’abord étouffée puis explosant dans toute sa gloire tubesque : I will survive, de Gloria Gaynor. Sur l’écran un dessin mouvant, rouge, symbolisant la chanson en train de prendre forme sous nos yeux et oreilles attentives, rappelle dans son côté symétrique le générique et ses taches de Rorschach stylisées. Puis la zone rouge laisse apparaitre le visage de Patricia Arquette/Allison Dubois avant de laisser la place au personnage dansant sur le rythme disco de la chanson. La scène en bichromie rouge et noir, le jeu de Patricia Arquette avec des notes de musique animées ne laissent aucun doute :
on assiste là à un rêve du personnage, début d’épisode assez classique, et assez savoureux ici.
L’hypothèse du rêve est ensuite validée par le raccord cut sur Allison Dubois se réveillant en sursaut, sur fond de Gloria Gaynor tonitruante. Là encore le coup est classique : la musique du rêve n’était autre que celle du radio réveil… Première fausse piste : Allison tend sa main vers la radio pour l’éteindre, mais la chanson continue à jouer, et de manière assez forte. La deuxième fausse piste est là : la musique viendrait donc d’une autre pièce de la maison ? Non. De chez les voisins, de la rue ? Non. Personne d’autre qu’Allison n’entend en fait la chanson, la musique est dans sa tête, tout simplement. Générique.
Après le générique, la chanson est toujours là, obsédante. Le caractère oppressant de la musique tournant en boucle dans la tête d’Allison est particulièrement bien rendu par le montage cut, haché, de la scène suivante, pendant laquelle des bouts de chansons reviennent, encore et toujours. Du burlesque original de Patricia Arquette dansant avec des notes de musique sur du disco on est passé à un malaise profond entrainé par cette chanson qui ne s’arrête jamais…
La dernière utilisation de la chanson se fera enfin par les paroles, qui guideront Allison vers une découverte essentielle à l’intrigue : si elle prend la mauvaise direction la chanson saute, comme un vinyle rayé, si elle se dirige vers le bon endroit elle entend ces mots répétés : ” go out now go “. Une ultime occurrence de la chanson interviendra ensuite, par les paroles “weren’t you the one” laissant envisager à Allison Dubois que son interlocuteur n’est pas aussi innocent qu’il n’y parait…
Pas si innocente qu’elle n’y parait la chanson I will survive l’est aussi… Derrière son rythme disco, son poids maousse de tube planétaire depuis l’année 1979 jusqu’à aujourd’hui, reprise des dizaines de fois, se trouvent surtout des paroles de survie et de lutte d’une femme quittée, qu’on imagine bafouée. La chanson est à la fois un hymne des causes féministe, noir, gay, de lutte contre le sida, bref une chanson d’espoir pour ceux qui combattent pour exister, être reconnus, autant qu’une bonne chanson à danser.Gloria Gaynor figure parmi les pionniers du genre disco, avec “Never can say goodbye” en 1973, mais I will survive, pourtant face B du 45 tours “Substitute” aura été son plus grand succès, numéro 1 du top 100 américain en 1979.
I will survive est donc exploitée de belle manière dans ce début d’épisode, dans son côté léger au début, dans l’agacement ensuite provoqué par ce rythme obsédant, dans ses paroles dirigeant Allison et rappelant le nœud de l’intrigue, et avec le renfort en plus d’une écriture et d’une réalisation particulièrement efficaces.
Un petit point technique pour finir : ce qui m’intéresse dans ces billets vus des airs, c’est la musique dite d’écran (quand les personnages entendent la même chose que le spectateur : une radio allumée, un concert etc.. à la différence de la musique de fosse, celle entendue par le spectateur seulement : les violons et les chœurs à la fin d’Autant en emporte le vent par exemple, juste pour le plaisir…), mais quand un seul personnage entend la musique, dans sa tête, reste-t-elle musique d’écran ? Passe-t-elle en musique de demi-fosse ? Si quelqu’un connait la réponse, je prends…



