Dead Like Me (2003-2004)
Posté le 8 mars 2008 par TawiIl est temps d’inaugurer cette section et de le faire avec une série quasi culte chez les fans, annulée après deux saisons, elle a laissé sur leur faim beaucoup d’amateurs, c’est rien de le dire !

Série de 29 épisodes sur deux saisons, diffusée sur Showtime et sortie depuis en DVD zone 2, disponibles chez tout bon vendeur, et tout ça et tout ça, les détails techniques se trouvent partout, je vous en ferai grâce.
Si Dead Like Me a autant marqué les esprits, c’est avant tout grâce à son pitch de base qui nous donne une image de la mort hilarante et en même temps grinçante, exploité au mieux par le créateur et des scénaristes survoltés, mais c’est aussi grâce à des personnages fantastiques, fouillés, du personnage principal au plus petit personnage secondaire… On en viendrait presque à se demander pourquoi elle a été annulée…
- Un synopsis classique réinventé
A la base, on a un pitch tout à fait commun : que peut-il bien y avoir après la mort ? A priori, c’est loin d’être l’idée la plus originale qui soit, ça a été vu et revu, tant dans des séries que dans des films, et ce avec plus ou moins de bonheur…
Mais c’est sans compter Bryan Fuller, créateur avant cela de Wonderfalls, série déjà axée sur le fantastique et déjà annulée avant d’avoir pu montrer ce qu’elle valait vraiment, et accessoirement créateur de Pushing Daisies (je ne commenterai pas ce qui est pour moi une catastrophe…) et scénariste occasionnel de Heroes.
Il a construit un monde bien à lui en reprenant les poncifs du genre et ça a donné Dead Like Me, un cocktail explosif d’humour, de causticité, d’émotion.
Voici enfin le point de départ de la série : Georgia Lass, 18 ans, ado dans toute sa splendeur, aucun projet pour “quand elle sera grande”, lors de son premier jour dans un boulot insignifiant dans l’entreprise Happy Time, meurt, en se prenant la lunette des toilettes de la Station Mir. L’absurdité de la situation pose d’emblée le ton de la série. Dans la foulée, elle découvre que des Faucheurs (reapers) sont chargés d’extraire les âmes des gens avant leur mort, provoquée par des Sépulcreux (gravelings) et qu’elle a maintenant l’honneur d’être elle-même une faucheuse. Elle va donc devoir non seulement accepter sa propre mort et toutes ses conséquences pour elle et sa famille, mais aussi accepter son rôle de quasi “assassin” dans la mort d’autres gens, découvrir sa nouvelle “Elle”, son nouveau travail, ses nouveaux collègues, et ce tant dans sa vie de faucheuse que dans sa vie de jeune fille indépendante qui doit gagner sa vie.
La mort comme une nouvelle vie de fonctionnaire (ce générique mes aïeux !!), fallait oser quand même…
Car c’est là la grande originalité de Dead Like Me : Georgia est peut-être faucheuse mais elle est surtout fauchée… Et oui, la Mort ne paie pas et elle doit donc pour la première fois de sa “vie” s’assumer complètement, gagner de l’argent, trouver un boulot, un appart, le tout en fauchant son quota d’âmes par jour. Elle entame une nouvelle vie avec une nouvelle apparence et un nouveau nom, Millie, tout en lorgnant toujours sur son ancienne, bravant les interdits, elle fait tout pour garder le contact avec une famille qui essaie de faire son deuil et essaie d’établir une relation avec ses collègues, plus âgés avant leur mort et plus expérimentés depuis lors. Ce tissu de relations passées et présentes, celles de Georgia et celles de Millie, est passionnant, en particulier parce que les personnages pris individuellement sont tous exceptionnels.
- Des personnages soignés

Georgia Lass, ou plutôt George (Ellen Muth, exceptionnelle dans ce rôle) mais aussi Millie (Laura Boddington, maltraitée à quelques reprises par un scénario la décrivant ainsi : “it looked like my inner child grew to adulthood paved with crack cocaine, ten dollar blowjobs and maybe a trick baby or two“), c’est donc une ado typique, blasée de tout, un peu en déprime, un peu fainéante, qui veut simplement se laisser vivre et pour qui la mort est un réveil, “a wake-up call”. Elle plonge alors dans l’âge adulte tout en se révoltant contre sa nouvelle condition, c’est ce cheminement vers une acceptation de son statut de faucheuse que l’on va suivre lors de la première saison, ainsi que l’effet qu’a eu sa mort sur elle et sur sa famille qu’elle revient hanter à sa façon…
La deuxième saison sera plus axée sur ses relations avec les autres faucheurs, avec ses collègues à Happy Time, tout en gardant en toile de fond la famille de George.
Mais Dead Like Me, c’est aussi l’équipe de faucheurs, Rube le boss, qui décide qui fauchera qui (Mandy Patinkin, déjà vu dans Chicago Hope), Mason (Callum Blue, sex-symbol en caleçon troué et immonde pour certain(e)s), british, complètement barré mais gentil comme un coeur, Roxy (Jasmine Guy, revêche à souhait quand il le faut), ex-danseuse, contractuelle de son état, rarement indulgente et toujours exigeante, Betty (Rebecca Gayheart, vue dans pas mal de séries télé dont Beverly Hills ou Nip/Tuck) jeune femme dans son monde, un peu sauvage, qui sera la première amie de George dans sa so-called after life, mais qui sera remplacée bien trop tôt et à mon grand regret par Daisy, Daisy Adair (Laura Harris), pique-assiette chez George, imbue d’elle-même qui, même si elle a fini par conquérir la plupart des fans, qui en sont devenus fous, ne m’a jamais vraiment satisfaite, Betty m’a toujours manqué et son départ est un des mes grands regrets concernant le déroulement de la série. Tout ce beau monde a des relations plus ou moins fortes, plus ou moins affectueuses, mais tous étant dans la même galère, ils sont forcés de cohabiter malgré tout et ça donne des situations hilarantes et permet des répliques cinglantes mémorables…
Oui, je vous accorde à tous le “Not Interested” de Daisy qui vaut son pesant de cacahuètes !

Malgré sa mort, George essaie autant que possible de garder des liens avec sa famille, et ironiquement, comme on peut s’y attendre, elle n’a jamais fait autant d’efforts de son vivant.
Cela nous permet de découvrir trois personnages supplémentaires, le père Clancy (Greg Kean), la mère Joy (Cynthia Stevenson) et la petite soeur Reggie (Britt McKillip), mais seuls les deux derniers se révèleront des personnages essentiels et plus qu’attachants. On suit Reggie qui essaie de faire le deuil d’une soeur avec qui elle n’avait pas de liens ou presque et dont elle pense sentir la présence (et pour cause !) et Joy qui doit se pardonner de n’avoir pas été la mère idéale et pardonner à George d’être morte avant que la crise ne soit passée. Ces deux là vont se soutenir mutuellement, pas forcément consciemment et vont peu à peu reprendre pied et accepter d’entamer une nouvelle vie, sans savoir que George assiste à tout ça, qu’elle souffre de ne pas pouvoir être avec elles, qu’elle voudrait en effet que sa mère et sa soeur vivent mais qu’elle ne veut pas être oubliée…
Personnellement, c’est un des aspects que je préferais dans cette série, ce rapport de George à sa famille et la famille elle-même, le soin apporté à ces deux personnages indépendamment de leur interaction avec George, leur évolution subtile et recherchée.

Reste le monde du travail, ironiquement, George se retrouve à travailler dans la même entreprise d’interim qui lui avait trouvé le seul boulot minable qu’elle ait exercé de son vivant, elle a comme chef une femme qu’elle méprisait, Dolorès Herbig as in her big brown eyes (Christine Willes, hilarante) et qu’elle va apprendre à connaître et à apprécier. Une fois morte, elle va enfin se rendre compte que tout ce qui lui paraissait minable, le travail, les collègues, les fêtes de départ a une importance pour les autres et va en acquérir pour d’autres, c’est grâce à cet emploi encore plus qu’à son travail de faucheuse qu’elle va murir et se rendre compte de tout ce qu’elle a perdu quand elle est morte.
Etonnamment, malgré la profusion de personnages, tous ont leur place, leur évolution et aucun n’est mis de côté, ces trois mondes se croisent, se touchent parfois pour notre plus grand bonheur (voir tous les faucheurs à Happy Time, confrontés à Crystal, le personnage le plus étrange de la série pour moi était un réel bonheur !)
- Pourquoi, pourquoi cette annulation ?!
Cette série a marqué, c’est le moins qu’on puisse dire, je ne connais absolument personne qui l’ait trouvée sans intérêt, non tout le monde n’en est pas tombé sous le charme comme moi dès la première scène (ah la grenouille, “the frog was an asshole”) mais il est humainement impossible de la trouver nulle !
A part quand le public a clairement boudé une série, les raisons d’une annulation sont toujours mystérieuses, et c’est le cas ici : l’audience était là (en tout cas pour une chaîne comme Showtime), les acteurs n’avaient pas l’intention de quitter le navire, la série ne coûtait pas une fortune à produire, tout était paré pour une troisième saison et la nouvelle est tombée : non, vous n’aurez pas la suite, comme vous n’avez pas eu la suite de Wonderfalls ou de Angela 15 ans, tant pis pour vous, nous on s’en lave les mains…
Ce que j’ai entendu personnellement, c’est que le nouveau dirigeant de Showtime n’aimait pas la série, qu’il la trouvait trop vulgaire et aurait imposé son opinion, c’est la seule raison que j’aie pu trouver et elle me paraît bancale, on est sur une chaîne cablée, qui diffuse entre autres The L Word (pas spécialement super polie comme série, en tout cas pas polie dans le sens pas vulgaire, le reste est HS…) , donc je suis sceptique.
Toujours est-il que ça n’a pas plu, l’acharnement des fans n’a pas réussi à ressuciter la série, contrairement à ce qui a pu se passer pour Roswell, mais tout n’est pas fini : Un film est en tournage (directement en DVD), et même s’il ne regroupe pas tout le cast d’origine, on peut espérer avoir notre dose de Dead Like Me d’ici peu, et c’est pas que, mais on attend depuis 4 ans maintenant !!!
Allez, pour finir, je relaie une rumeur : paraît que si le DVD du film se vend bien, une saison 3 est envisageable, je ne sais pas si c’est souhaitable mais bon, on verra bien…
J’espère ne pas avoir été trop rébarbative, et si j’ai pu donner ne serait-ce qu’à une personne l’envie de regarder cette série, je peux mourir tranquille…
De toute façon, “it’s not so bad to be dead, like me”…